Le livre

Auteurs:
Laurence HUGUES &
Claude BENOIT à la GUILLAUME

CRÉAPHIS ÉDITIONS, Collection “Passeport”,
ISBN 978-2-35428-148-9
152 pages 12€
10,5 x 15 cm, cousu broché, coins arrondis, marquage à chaud,
40 photos en bichromie

PAS VU MAURICE

Chroniques de l’infraordinaire

À partir de petits carnets retrouvés dans une maison abandonnée, ce livre raconte la vie quotidienne d’un hameau du Haut-Forez. Claude BENOIT à la GUILLAUME, photographe et nouveau propriétaire de la maison, a montré cette quinzaine d’agendas, tenus de 1997 à 2000, à sa voisine, Laurence Hugues, qui a bien connu Marie, la personne qui les remplissait.
L’écrivaine a entrepris de transcrire ces textes de listes, très contemporains dans leur style, leur énoncé, leur répétition, sans affect même lorsque des morts surviennent, et de les reprendre dans sa propre écriture, au sens de repriser, comme on répare un tissu. L’écriture à deux voix, deux voix de femmes, scande l’histoire du hameau et de ses habitants.
Marie, paysanne, consigne son univers quotidien dans une écriture de plus en plus serrée au fil des années qui passent et de la solitude qui s’installe. Elle y inscrit les travaux et les jours, les visites du neveu, Maurice (tel jour « vu », tel autre « pas vu »), le nombre de bocaux de confiture ou de haricots, le temps qu’il fait… Les notes se succèdent à chaque saison, presque à l’identique, comme ces tâches effectuées tout au long de sa vie et de celle du hameau. Ce monde rural disparu – ou presque – a aussi sa noblesse et de nombreuses vertus. Ténacité, frugalité, accord avec les saisons… un sens du travail en commun, de la communauté même.
À la lecture de ces chroniques de la vie ordinaire (infraordinaire aurait dit Georges Perec), Laurence Hugues a puisé dans ses souvenirs les motifs listés de la corvée de patates, la mise à mort du cochon, les slips qui battent au vent.
Claude BENOIT à la GUILLAUME, de son côté, a photographié les carnets, quelques objets et des fragments de paysage. Ses images accompagnent la lecture au plus près de la matérialité de l’archive.
Dans l’imbrication d’une approche intime, documentaire mais aussi littéraire et artistique, se dessinent en creux deux portraits de femmes, au tournant du millénaire, dans un même lieu mais avec des vies bien différentes. Ce double récit n’a pas seulement caractère d’archive. Il peut faire écho chez celles et ceux qui aujourd’hui sont tentés par une vie plus simple, plus sobre, loin des grands centres urbains.

Rapetassage

En parallèle de ce travail photographique sur “Pas vu Maurice”, Claude BENOIT à la GUILLAUME approche ces carnets sous un autre angle…

Marie, l’auteure de ces manuscrits/agendas a aussi laissé en partant, outre nombre de bocaux, chaises, bassines et autres dame-jeanne, des habits.
Des pantalons des hommes de la maison, des vestes de travail, mais aussi son tablier de cuisine, des draps, des torchons, des nappes, tous rapetassés, ravaudés, reprisés …

Des oeuvres d’art pour certains.

Claude photographie ces habits, tissus réparés, mis en valeur sur des peaux elles aussi réparées ou porteuses de traces de vie. Des cicatrices, vergetures, grain de peau … Dans sa série “rapetassage” il se plait à rendre beau, en donnant sa vision de ces marques que l’on s’applique ordinairement à cacher, tant nous sommes conditionnés par les Unes lisses et insipides des magazines …

Ces carnets, avec cette écriture tassée, ces “pattes de mouches”, ces moindres espaces noircis par des lettres appliquées évoquent eux aussi le rapetassage…
Certaines pages sont reprisées comme les coudes de la veste de travail en moleskine de Jules ou le pantalon de Jacques.
D’ailleurs, le mot rapetassage, en plus de ravaudage, ne veut-il pas aussi dire travailler un manuscrit?
Raturer, ajouter des mots, corriger, rayer, gommer, réécrire….

Décidément, ces carnets, abandonnés, oubliés et maintenant sauvés, sont une mine pour qui fait un pas de côté en les ouvrant.

Est-ce que Marie s’en doutait?

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Les photos du livre…

Si vous comparez les photos du livre avec celles-ci, vous comprendrez pourquoi je ne participe pas aux signatures/dédicaces. Les photographies ci-dessous sont celles que l’éditeur a reçues. Allez comprendre … Je ne peux évidemment pas être fier d’être coauteur de ce livre tant l’impression des images a été matraquée. Il est malgré tout un objet sympa. Qui aurait été un bijou si les photos n’avaient juste été que correctement imprimées… Allez comprendre…

Et pourtant, quand on sait la qualité du travail habituel des Éditions Créaphis, notamment “Échos du silence” sur le travail de Patrick Lebescont accompagné des poèmes de François Cheng, ou encore le superbe “Enfants d’exil” d’Éric Falcon…

Allez comprendre…

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Les auteurs

©Virginie Charneaux

Auteure et activiste, Laurence HUGUES, diplômée de la FEMIS, a travaillé dans le documentaire une dizaine d’années. Elle a réalisé des video-poèmes et des films de scène, avant de rejoindre Médecins sans frontières pour, entre autres missions, recueillir des témoignages dans les camps de réfugiés. De retour à Paris, elle rejoint le mouvement écologiste et continue à écrire.


Imbriquant une approche documentaire et intime, ses films ont été présentés aux festivals de Vic-le-Comte, Lodz (Pologne), Instants vidéos (Marseille), Sadho (Delhi). Elle a collaboré au théâtre avec François Chattot pour « Hölderlin, lettres à sa mère » (Théâtre Vidy-Lausanne, MC Bobigny), et travaillé sur des projets transnationaux avec notamment Raqs Media Collective (Inde). Ses textes ont été publiés par la revue de la Rue Saint AmbroiseEcrits-vainsBreadcrumb scabs, et dans plusieurs ouvrages collectifs issus de concours d’écriture. Elle a participé à un atelier européen de poésie à Orivesi (Finlande) et à la Biennale internationale de poésie du Val-de-Marne. 


A l’automne 2017, elle publie dans le 40e numéro de la revue de la Rue Saint Ambroise et contribue à « Read by, Written by », ouvrage poétique collectif. Il est publié par Bonniers Konsthall pour accompagner l’exposition The Image of War (Stockholm).

©CBàlG

Claude BENOIT à la GUILLAUME photographie depuis l’âge de 14 ans. Il a construit son 1er appareil photo, tiré d’un coffret « le petit photographe en herbe » reçu le noël 1975.


Il se raccourcit ainsi : 
« Je photographie tout ce qui bouge. Ou pas. Et des fois, c’est moi qui bouge »
Sa production est assez éclectique.
Son allergie aux Unes à la plastique photoshopée le conduit à travailler sur le corps nu, déformé par la force du rebond sur son Trampoline, et esthétique malgré tout…


2011. Papy lui offre son Rolleiflex 2.8D, de 1956, qui l’incite à renouer avec l’argentique…
Cette même année, c’est la découverte de la maison de Marie, inoccupée depuis 8 ans. La toiture est délabrée. La pluie traverse les étages, arrivant à la cuisine.
Au milieu du capharnaüm, la découverte de cette fameuse boite en fer, pleine de carnets/agendas du Crédit la bricole, noircis de la main de Marie…


Laurence HUGUES, sa voisine, est dans les carnets…
6 ans plus tard elle commence un travail d’écriture…
Dans les premiers écrits, une ambiance, de l’émotion, de l’épaisseur…


Est-ce cela qui conduit Claude à vouloir photographier?
Quel meilleur outil qu’un 6×6 de 1972 et chargé d’histoire pour restituer cette formidable atmosphère? 
Un Bronica EC photographiera, en noir & blanc.
Certains sujets méritent une optique particulière; pour ces raisons, ils seront photographiés en numérique…
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Contacts

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